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Rénovation énergétique : quelle valeur accorder aux labels et certifications ?

Dans le cadre d’un dossier consacré à la nouvelle Réglementation environnementale (RE2018) qui se profile, Green et vert vous aide à y voir plus clair. D’où vient cet engouement pour la construction de bâtiments à énergie positive ? En quoi le secteur du bâtiment se retrouve directement impacté par les différentes réglementations ? Comment amener le particulier à voir son logement différemment ? Toutes les réponses dans notre dossier.

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Devant la multitude de labels et de certifications disponibles en matière de rénovation énergétique, pas facile d’y voir clair pour les propriétaires. D’autant que ces « signes de qualité » répondent à des réglementations parfois contradictoires et ne garantissent en rien le résultat.

NF, E+C-, HPE, RGE, VMF, Qualibat, Promotelec… Avec leurs acronymes et leurs contractions énigmatiques, les labels, certifications et autres qualifications entretiennent la confusion parmi les milliers de Français qui se lancent chaque année dans des travaux de rénovation. Pourtant, la création de ces marques officielles, qui se sont multipliées ces dernières années, était censée au départ rassurer les clients. Dans son Guide pratique sur les certifications et labels pour les logements, l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) rappelle que ces derniers constituent des « garanties pour un logement de qualité, confortable, sain et économe » afin de « rendre nos logements plus performants sur les plans énergétique et environnemental ». Plus concrètement, ces différents « signes de qualité » doivent assurer au client un accompagnement professionnel tout au long du projet, ainsi qu’un résultat aussi respectueux de la planète que de ses attentes.

« Certains labels concernent un service […] et d’autres concernent des matériels […]. Avant de se fier à un label ou une certification, il convient de savoir par quel organisme il est fourni, avise Melenn Paupu, conseillère d’Espace Info Énergie. Ce n’est pas parce qu’un professionnel dispose d’un label ou d’une certification qu’il faut se lancer dans des travaux de manière aveugle. Quels que soient les travaux que l’on projette de demander à un professionnel, il est indispensable de mûrir la décision et de demander des devis à différents artisans afin de se faire une idée plus précise des techniques existantes et de leur prix. […] De nombreuses références existent à ce jour. Il convient de se renseigner sur les critères pris en compte pour l’attribution d’un label ou d’une certification. […] Il est conseillé de vérifier le marque CE (conforme aux normes européennes) des matériels, voire le marquage NF (norme française). »

Des labels soumis à des réglementations de plus en plus rigoureuses, et parfois contradictoires

Souvent utilisés de manière interchangeable, les concepts de certification et de label ont pourtant des significations différentes. Si le premier s’appuie sur un document de référence ou une norme portée par un organisme accrédité et indépendant, le second témoigne simplement d’exigences renforcées par rapport à la réglementation en vigueur. Selon le niveau de reconnaissance par les pouvoirs publics, les deux peuvent ouvrir le droit à des aides financières sous forme de remboursement ou de crédit d’impôt. Les certifications NF maison rénovée, Promotelec rénovation énergétique et HPE (haute performance énergétique) rénovation garantissent ainsi le respect des normes imposées par leurs organismes certificateurs respectifs (Cequami, Promotelec et Cerqual). De son côté, le label E+C- est, par exemple, réservé aux constructions produisant plus d’énergie et émettant moins de carbone que ne le prévoit la loi.

A l’image de ces bâtiments à énergie positive (BEPOS), les labels sont soumis à des exigences légales de plus en plus rigoureuses. Depuis 1974, les professionnels du bâtiment ont vu défiler pas moins de six versions de réglementation thermique, toutes plus restrictives les unes que les autres. Après la RT2012, qui a fixé une limite de consommation d’énergie à 50 kWh/m2/an, les nouvelles constructions devront, selon la future RE2018, générer plus d’énergie qu’elles n’en dépensent sur leur durée de vie moyenne (50 ans). « Les règles se succèdent et se superposent, regrette Patrick Vandromme, président de l’organisation LCA-FBB (Les constructeurs et aménageurs de la Fédération française du bâtiment). Qu’on nous laisse respirer ! » Car cette course effrénée de l’administration vers toujours plus de normes va occasionnellement à l’encontre des intentions initiales. C’est par exemple le cas des fameux BEPOS prévus par la RE2018, dont la méthode de calcul se base sur un coefficient (2,58) pénalisant les énergies secondaires comme l’électricité et favorisant les énergies primaires ‒ donc fossiles ‒ comme le charbon, le gaz et le pétrole. Ou comment l’Etat français, en voulant constamment réhausser les critères de performance énergétique pour limiter l’impact environnemental, en vient parfois à encourager les sources d’énergie les plus polluantes, en plus d’être chères…

Les limites des labels et certifications

Autre réserve concernant la prolifération de labels et de certifications dans le bâtiment : l’absence de garantie formelle de résultat. « Les travaux de rénovation énergétique restent limités en France car les bureaux d’étude et les artisans n’ont pas d’obligation sur le résultat de la performance énergétique, affirme Nicolas Mouchino, chargé d’études au sein d’UFC-Que Choisir. S’ils réalisent des audits erronés, s’ils se trompent dans leurs calculs et conseillent des équipements qui ne correspondent pas aux besoins de l’utilisateur, aucune sanction n’est prévue. » Dans son numéro spécial consacré à la rénovation énergétique publié au mois de juin 2017, l’association de consommateurs relate la mésaventure d’Yves Dénos, un résident sarthois, qui a fait appel à une entreprise qualifiée RGE (Reconnu garant de l’environnement) pour réaliser des travaux de rénovation dans la maison qu’il met en location. « Nous avons réalisé les travaux et les locataires ont moins de confort qu’ils n’avaient auparavant, constate-t-il à propos de la nouvelle chaudière à granulés de bois installée dans son bien. […] J’ai le sentiment de m’être fait avoir, dans la mesure où l’entreprise m’a orienté vers le matériel qui lui rapportait le plus de marge. Or, maintenant que tout est installé et payé, je n’ai aucun recours. »

Labels et certifications comportent donc de réelles limites, que les propriétaires seraient bien inspirés de prendre en considération au moment de s’engager dans des travaux de rénovation énergétique.

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