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Le Royaume-Uni et la crise de l’alimentaire

Royaume-Uni / / Europe

Le Royaume-Uni vit actuellement une véritable crise de l’alimentaire : les ménages ne peuvent plus se permettre de manger suffisamment, ni sainement. Et ça ne va pas aller en s’améliorant.

Nicola Probert est anxieuse. Elle n’a plus laissé son compagnon Tony Hodge faire les courses seul pour la famille depuis qu’il est revenu avec un DVD à 3 £, six boîtes de conserve d’haricots blancs et deux milkshakes pour les enfants : 10 £ de trop sur la facture nourriture qui a empêché leurs deux garçons d’aller au centre aéré ce week-end-là. Aujourd’hui, cependant, Nicola n’a pas le choix : elle ne peut pas sortir de chez elle car elle se remet d’une opération bénigne.

Avant de laisser son compagnon sortir, elle l’assène de consignes et lui remet une liste ultra-détaillée. “Parfois, je me demande ce qui s’est passé”, soupire-t-elle. “Nous ne sommes pas les plus pauvres, mais il y a quelques années, on n’avait pas à compter chaque centime comme ça.”

Nicola est phlébotomiste en congé maternité, Tony travaille dans la construction. Ils vivent à Bristol et gagnent à tous les deux environ 24 500 £ par an (30 500 €). Ils dépensent environ 80 £ (100 €) de nourriture toutes les deux semaines. “Nous n’avons pas trop de mal à limiter nos dépenses dans d’autres domaines, mais on a toujours des problèmes à acheter suffisamment de nourriture pour se remplir l’estomac”, déplore Nicola. “Je suis furieuse. Une nourriture saine à prix abordable devrait être un droit pour chacun, pas un privilège de l’élite.”

Paupérisation des Britanniques

Le couple fait partie des plus de 13 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté au Royaume-Uni. L’Association Joseph Rowntree Trust affirme même que jamais le pays n’a vécu de telles pénuries depuis le rationnement en temps de guerre. Le prix des produits alimentaires a augmenté partout dans le monde, mais en Grande-Bretagne, pays qui importe 40 % de sa nourriture, les prix ont augmenté plus de deux fois plus que la moyenne européenne : de 32 % depuis 2007.

“Peu de gens pensent qu’au Royaume-Uni, le septième pays le plus riche au monde, des gens meurent de faim ou ne peuvent pas se permettre d’acheter de la nourriture saine”, affirme Lindsay Boswell, présidente de FareShare, une œuvre de charité britannique qui nourrit 36 500 personnes tous les jours. Selon des études, les personnes qui auparavant gagnaient des salaires raisonnables ne peuvent plus se permettre de manger autant, et certainement pas aussi sainement. Après avoir étudié 5 000 familles au revenu inférieur à 30 000 £ par an, l’association Save the Children a découvert que pour que leurs enfants aient suffisamment à manger, près de deux tiers des parents sautaient des repas, s’endettaient, ne payaient pas certaines factures et n’achetaient pas de nouveaux vêtements.

À l’école, deux enfants dans chaque classe ont faim car leurs parents n’arrivent pas à les nourrir correctement, selon une étude menée par le site de parentage Netnums et l’œuvre caritative pour enfants Kids Company. Environ un million d’enfants britanniques vivraient dans des familles n’ayant pas suffisamment à manger. En juin, une enquête menée auprès du réseau de professeurs du Guardian indiquait que la moitié des professeurs devaient emmener à manger à leurs élèves qui arrivaient l’estomac vide à l’école.

Avenir sombre

Les experts sont d’accord pour dire que la récession nutritionnelle de la Grande-Bretagne va s’empirer puisque le prix des courses hebdomadaires va continuer à augmenter d’environ 4 % par an jusqu’en 2022 au moins, soit deux fois plus que l’inflation actuelle à 2,7 %.

Entre 2007 et 2010, selon le ministère de la Santé, les ménages à faibles revenus ont baissé la quantité de nourriture qu’ils achetaient de 11 %. Si les foyers à revenus moyens ont pu baisser leur standing alimentaire, cette possibilité ne s’offrait pas aux foyers à faibles revenus qui achetaient déjà les produits les moins chers. De fait, en 2010, les 10 % les plus pauvres achetaient 26 % de viande fraîche de moins qu’en 2007, 25 % de fruits de moins et 15 % de légumes de moins.

De retour du supermarché, Tony regarde ce qu’il peut bien manger ce soir. Rien d’intéressant. Il s’assoit sur le canapé et s’empare de la télécommande. “Tout me dégoûte”, dit-il. “Franchement, je perds l’appétit rien qu’en les regardant. La nourriture ne veut plus rien dire pour moi. Ce n’est qu’une source de stress.”

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Derniers commentaires

  1. Patrick

    Merci, mais j’avais bien compris qu’il s’agissait du montant total des revenus du foyer, cependant je ne pense pas qu’avec 2500 € mensuel, ils soient au dessous du seuil de pauvreté. Pour information, le seuil de pauvreté en Grande-Bretagne est à 1700€ (chiffre 2011) soit 60% du revenu médian britannique.